"Dans l'épreuve, quelles parts ont le chagrin...mais aussi l'effondrement?"

Rite, renoncement et deuil :

 

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    Les rites traditionnels de passage qui marquent les renoncements et les passages à d'autres étapes de la vie d'un homme sont très absents  dans les années de formation de la personnalité. Il ne s'agit pas pour nous de revenir à la chasse au lion dans la savane, mais à constater déjà que des rites établis où le corps, l'émotion  et la compréhension seraient impliqués, sont absents. Nous ne trouvons pas d'exemple établi conscient d'une coupure entre l'état d'enfant et celui d'adolescent, et celui d'adolescent et celui d'adulte. Bien sur, nous avons le baccalauréat, l'enterrement de la vie de garçon, le mariage, les naissances, et aussi les deuils, les divorces, la mise à la retraite qui nous servent de cérémonie de passages.

 

    Est-ce suffisant pour retrouver une véritable communauté et identité masculines?

 

   Pourrait-on imaginer de vrais et nourrissants rites pour nos enfants et adolescents, adaptés à notre temps? Ils pourraient inclure un temps de pré-initiation, un projet, un voyage à accomplir, en lien si possible avec un bénéfice pour la communauté. Des limites à l'apprentissage seraient nécessaires aussi, si le rite est mal accompli, car la vie est souvent directe, sans excuse, sans préoccupation de notre accord, sans négociation. Nous cherchons souvent à contourner ce fait, à slalomer entre le oui et le non dans une tentative de préservation de notre structure de survie face à la possible rugosité de la vie.

 

    De même, le deuil qui est renoncement maximum, nous touche, nous emporte. La douleur est insupportable, elle nous renvoie notre amour, et nos attentes et projections en plein visage. Ces circonstances devraient amollir nos coeurs, nous adoucir terriblement, nous déciller sur la condition humaine partagée. Nous pouvons soit nous enfoncer dans le chagrin, le ressentiment, la plainte. Il s'agirait alors d'une victimisation: c'est ma douleur qui dévore tout, ou bien en nous ouvrant aux autres, il y a ma douleur et la douleur qui s'équilibrent. De là peuvent naître plus de compassion, plus de patience, plus de service envers les êtres humains.

 

   Culture Hommes en favorisant l'échange permet que l'on renonce non pas plus aisément, mais certainement plus humainement, plus consciemment à certaines facettes de notre personnalité qui étouffent nos relations. La confrontation amicale avec d'autres participants, nous offre le miroir salvateur et dissipateur d'idées souvent monolithiques sur notre incapacité supposée à changer à laquelle nous nous accrochons.

 

Guy Ferré